dimanche 15 mars 2009

Article sur saint Augustin (lettres classiques & latinistes confirmés)

Saint Augustin, Le pédagogue de Dieu

Chapitre 1 : La fin d'une éternité
La vie d'Augustin s'inscrit dans le quotidien d'un empire qui depuis toujours se croyait éternel. Roma aeterna. Mais tout songe, tout mensonge: sans tellement le savoir, le monde romain s'en alait vers sa fin. Un demi-siècle à peine après Augustin, allaient commencer en Occident les siècles de fer.
*Roma Aeterna
*« Nous autres les civilisations nous savons maintenant que nous sommes mortelles »
*La déferlante barbare
*Une Afrique passablement agitée


Chapitre 2 : Un boursier aux dents longues
Une personnalité d'exception, attentive à sa propre évolution dont les étapes nous sont narrées sans complaisance de la petite enfance à l'âge mûr: grâce à Augustin, nous bénéficions d'une vue imprenable sur l'ambiance intellectuelle, morale, sociale et religieuse de l'antiquité tardive en Occident.


*Le cercle de famille
Thagaste, une bourgade rurale en Numidie, du genre chef-lieu de canton. Patricius et Monnica (les parents d'Augustin) y tenaient tant bien que mal leur rang de notables de la classe moyenne. On dirait aujourd'hui que Patricius appartenait au conseil municipal, en ce sens qu'il assumait avec quelques autres la bonne gestion de a ville sous l'oeil intérressé du fisc romain. La famille – deux fils dont on est sûr : Navigius et Aurelius Augustinus- avait de quoi vivre, mais sans plus. Patricius resté fidèle aux anciens dieux, était le type même de l'extraverti, brave homme, râleur, coureur de jupons, père attentif. Monique était son antithèse: chrétienne, [...] elle en rajoutait sur les éxigences de sa foi. [...]
Elle aura littéralement couvé Augustin : ne lui voulait-elle pas, de son propre aveu, Dieu pour père plutôt que son mari? Pour son fils bien-aimé, Monique vivra le regard fixé sur la terre et le ciel à la fois, un oeil sur « l'etablishment », un oeil sur la croix.
Patricius n'y voyant pas d'objection, c'est dans ce christianisme-là qu'Augustin fut élevé. Atmosphère oppressante, où tout fruit est virtuellement défendu, où toute liberté a un relent de tentation et de péché. Ambiance déconcertante aussi, quand on songe aux caractères disparates des parents. C'est à partir de là qu'Augustin devra se construire une personnalité.
Eliminons déjà un poncif: Augustin n'aura pas à se convertir au christianisme; chrétien, il l'était depuis l'enfance [...]. Il avait de lui-même demandé le baptême lors de quelque maladie infantile qui menaçait de mal tourner. Mais le voyant revenu à la santé, ses proches avaient différé le sacrement, qu'on administrait pas à la légère en ces temps-là: le cauchemar des pénitences en cas de chute donnait à réfléchir.


* Un gamin comme tant d'autres

Lui-même le dit: rien de sa prime enfance ne le distinguait du bébé moyen, qui tête, braille, rit, fait des caprices et tente de réduire les adultes en esclavages. Ni de l'élève des petites classe, peu enthousiaste d'avoir à se mettre tant et tant de choses dans la tête, avec la hantise de quelque raclée qu'Augustin priait Dieu avec ferveur de lui épargner. Dans Les Confessions, il écrit: « Il me fallait obéir à ceux qui m'engageaient à briller en ce monde »; la grande passion de ses parents, soucieux de le voir devenir quelque chose dans l'administration, une hantise qu'il ne tarderait pas à faire sienne. Sur le moment, l'élève Augustin préférait nettement un championnat de balle à la lecture, au calcul, aux belles lettres. Au grec notamment: quel dommage! Tout cela – il le reconnaît -, il ne l'aurait pas appris sans y être obligé. L'instituteur à la main leste mérite donc notre reconnaisance à titre posthume. Il lui aura enseigné, se rappelle Augustin, le moye d'accéder à tous les livres et d'écrire lui-même tout ce qu'il voudrait.

*« Ainsi donc, j'exisitais... »
Précieuse à plus d'un titre est cette évocation, à quelque trente-cinq années de distance, d'une jeunesse évanouie et pourtant présente. Les Confessions, une réminiscence qui aurait intrigué Platon, et qui en passionnera tant d'autres. C'est, bien sûr, une mine de renseignements. L'homme d'aujourd'hui se dépayse. Le voilà de plain-pied dans l'ambiance scolaire, estudiantine d'hier; il s'informe du cursus, de la pédagogie, des auteurs au programme. L'historien recoupe ce qu'il tenait d'autres sources.
Mais il y a plus : dans cette reviviscence, ce n'est pas comme ailleurs, de l'école en général, de l'étudiant en soi, de l'homme abstrait qu'il est question, mais d'Aurelius Augustinus qui dit « je », et nous verrons plus loin à quelles fins précises. Et dans la littérature antique, cette apparition d'une subjectivité qui se saisit comme telle, dans son unicité, qui analyse ses pulsions et ses répulsions, ses phobies et ses folies, ce sujet qui dit « moi, je... », non pas pour écrire les mémoires d'un enfant du siècle , mais parce qu'il a découvert qu'il était seul à être soi et qu'il veut dire l'unicité du « je suis » - oui, décidément, dans les lettres du temps, c'était une grande première.


*« Voilà un enfant qui promet... »
On le disait d'Augustin, et c'est bien pourquoi Patricius l'avait envoyé à Madaure, la patrie d'Apulée, car les études que nous dirions secondaires y étaient d'un bon niveau et bien encadrées. Dans cet empire qui s'en allait à vau-l'eau, une chose au moins n'avait pas bougé: la liste des auteurs au programme. Revenaient année après année Homère, Térence, Cicéron, Salluste, Virgile, Varron et quelques autres, parfois tirés de quelque receuil de morceaux choisis. Tout cela expliqué, seriné par le grammaticus, puis le rhetor, car il fallait d'abord appprendre à bien parler. On devait tout savoir sur le bout du doigt : l'élève d'aujourd'hui était l'avocat ou le haut fonctionnaire de demain, et il serait trop content, fignolant une plaidoirie ou un panégyrique, de ressortir telle citation à point nommé.
De là cet air de famille qu'ont les textes de l'époque. Le style d'Augustin en témoigne: logique rigoureuse, dialectique impeccable, ironie implacable, périodes bien balancées, truffées de citations, d'allitérations propres à allécher l'auditeur et le lecteur. Il faudrait lire le latin d'Augustin à haute voix, le faire passer, dirait Flaubert, « par son gueuloir ». On saurait alors ce qu'était un rhéteur. Augustin aura beau regrétter, plus tard, de s'être pris au jeu, de s'être délécté dans la littérature, d'avoir pleuré sur Didon morte d'amour, reste que sans cette passion des lettres, Augustin aurait été un intellectuel à « ondes courtes », il n'aurait pas été l'Augustin universel.
Un gamin qui promettait? L'avenir le montrerait. Cela dit, il n'est pas exclu, lui-même en convient, que les gens spéculant sur son futur aient sous-entendu que le garnement aussi « promettait »... La littérature antique n'a cure de la chasteté : « Le latin en ses vers brave l'honnêteté », c'est bien connu, et les aventures de la mythologie n'inclinaient pas Augustin à des pensers vertueux. C'était l'âge.


*L'âge bête
=> le vol des poires

*« Carthago veneris... »
=> découverte de la sensualité

*Le commencement de la sagesse
=> lecture de l'Hortensius de Cicéron, Augustin recherche la sagesse philosophique qui mène au bonheur, il explore pour cela la Bible, mais trouve le texte très incohérent et il ne comprend véritablement que le nouveau testament.

*L'obscure clarté du Dieu lumière
=> Augustin rejoint la secte des manichéens

*« L'apprentissage de la mauvaise foi... »
=> intrigues pour satisfaire son ambition. Il trouve des failles dans le manichéisme et est tenté un moment par l'agnostisme.

*La saison des lauriers
=> Rome, puis Milan, où il devient titulaire officiel de la chaire de rhétorique (une des places les plus enviées de tout l'occident). Il rencontre un grand succès et fréquente les milieux les plus influents.

*L'évasion de la Caverne
=> Il se rapproche du parti catholique, il admire beaucoup Ambroise, l'êvêque de Milan. En fréquentant ce milieu d'intellectuels catholiques il réussit à concilier la pensée de Dieu et le platonisme.

*« Où regarder pour te voir? »
=> influence des philosophes Plotin et Porphyre, nombreuses lectures et réflexions sur Dieu.

*Un jardin à Milan
=> décision d'abandonner sa vie mondaine.


Chapitre 3 : La passion de convaincre
Ebloui et confus d'avoir tant reçu de Dieu au cours de ses années d'errance, Augustin éveillera désormais les autres, les savants comme les plus simples, à la présence mystérieuse de la grâce agissant dans le coeur de tout homme comme dans le cours de l'histoire.

*Les dernières vacances
=> études et repos, durant les mois d'été, dans une villa de Cassiciacum.

*« En route »
=> Augustin abandonne sa chaire. Dans la nuit pascale du 24 au 25 avril 387, il est baptisé par Ambroise. Décision de rentrer en Afrique, mais il est bloqué à Ostie à cause de la guerre. Mort de Monique.

*Prêtre par rencontre, êvêque par devoir
=> Passant par Hippone, Augustin est fait prêtre presque contre son grè, tout le monde l'admire et désire l'avoir comme êvêque de son évéché, finalement à la mort de l'êvêque d'Hippone, il prend sa place.

*Le pédagogue de Dieu
[...]

Nous le savions : Augustin est pédagogue dans l'âme, mais maintenant, il l'est pour le compte de Dieu, et par amour. Pour cet intellectuel de formation classique, il n'y a désormais d'humanisme accompli que sous la mouvance du Dieu qui s'est fait homme afin que les hommes soient faits Dieu. Pas d'autre sagesse que celle du verbe divin.Il sait que Dieu à quelque chose à dire à ces hommes, à ces femmes qu'on croise dans la rue et qui vont vers leur destin comme lui-même en d'autres temps à Rome ou à Milan. Or, ce message divin est tout entier contenu dans les Ecritures. Et faute d'un minimum d'initiation, on passe à côté, courant ainsin le risque de se perdre, comme cela avait bien failli lui arriver. Alors qu'une vie ne suffit pas à inventorier l'infinie richesse du message, pour peu qu'on soit attentif à la parole de Dieu, chacun selon ses capacités. On n'a jamais compris une fois pour toutes. A mesure qu'on avance dans l'étude, l'horizon va s'élargissant, éveillant d'autres interrogations. L'essentiel de la philosophie d'Augustin est là.

[...]
=> Augustin réfléchit alors sur la féçon dont il faut enseigner le christianisme.

*Une Eglise confrontée à son propre triomphe
=> le rapport entre le christianisme et l'empire romain ( relation religion/Etat).

*Décadence et dissidences
=> controverses internes au christianisme.

*Secours théologique d'urgence...
=> Augustin se fait « théologien » et tente de régler les controverses.

[...]

Cela dit, dès Cassiciacum, Augustin avait compris que de Dieu, rien ne peut se dire d'exhaustif. Dieu est objet de nescience plutôt que de science, et savoir cela est déjà beaucoup.

[...]

*Le vrai message des « Confessions »
Ce ne sont pas celles de Rousseau, ni celles d'un enfant du siècle. Confessio, ici, ne désigne pas le déballage nombriliste de qui « se raconte », ni quelque misérable aveu dans un confessionnal littéraire ouvert à tous les vents. En fait, cette pathétique « lettre ouverte à Dieu », écrite entre 397 et 400, est d'un bout à l'autre une confessio laudis, une louange à Dieu qui à tout fait, de A jusqu'à Z, dans la vie du gamin de Thagaste, de l'écolier de Madaure, du rhéteur de Milan, et à son insu.
Ainsi, ce témoignage dénué de toute complaisance vaudra-t-il pour tout lecteur, l'incitant à se rendre lui aussi attentif à sa vie, et y découvrir – avec le secours de la grâce toutjours – la présence et l'action de ce Dieu à l'affût dans l'âme de chacun. [...]
Sous l'élégante facilité de sa langue, se cache un livre plus difficile qu'il n'en a l'air, que son succès, en dénaturant le propos, a parfois assimilé à une vague bondieuserie. En fait, c'est vle retour de l'enfant prodigue. C'est aussi le cheminement d'un ressortissant parmi les autres de la Cité de Dieu, tergiversant, on va le voir, entre deux amours. Il y a, dans cette autobiographie sans narcissisme aucun, toute une théologie de la iberté et de la grâce. C'est aussi un document psychologique hors pair : en effet, le « je » faisait son entrée dans la littérature.

*« Les villes aussi peuvent mourir... »
=> pillage de Rome, les païens en accusent les chrétiens qui ont « chassé les Dieux ». Augustin oppose alors la Cité terrestre (où les empires se succèdent) et la Cité de Dieu.

*La liberté et la grâce: duel ou duo?
Fragilité de nos vouloirs, aimantés par la Mal lors même que les tente le Bien, comme s'en désolaient Ovide et saint Paul, drame des choix dont il faudra répondre, tout cela étant la conséquence irréversible du péché d'Adam qui a détérioré à jamais la nature humaine et donc faussé la liberté, gratuité de a grâce divine sans le secours de laquelle l'homme ne peut pas même observer les commendements, autant de thèmes récurrents dans l'oeuvre d'Augustin. Selon lui, l'homme, handicapé à vie, est devenu dépendant.

[...]

=> querelle avec Pélage et Julien d'Eclane, qui contrairement à Augustin pense que l'homme conserve une certaine liberté.
Certains l'accuseront de placer l'homme dans la situation inconfortable d'un double déterminisme, du péché et de la grâce. Il dut préciser qu'il n'y avait pas de dictature divine, car volonté et grâce conspirent, la grâce gardant toutefois l'initiative.
D'au tres dénonçaient un fatalisme décourageant : qui vous dit que vous avez reçu la grâce pour bien faire? Et si Dieu sauve ceux qui doivent l'être qu'en est-il des autres? [...]

*« Vingt fois sur le métier... »
=> écriture des Révisions.

*L'évasion par le haut
=> mort d'Augustin, alors qu'Hippone est assiégée.


Chapitre 4: Augustin après Augustin
Bien avant la mort d'Augustin, on se passait et repassait ses écrits, on les recopiait, on les lui volait à l'occasion, avec les meilleures intentions du monde. Augustin disparu, il devient pour les siècles le maître de l'Occident, au péril des exégèses et au gré des passions du moment.

*Une bibliothèque pour héritage
=> conservation et sauvegarde des manuscrits d'Augustin par son collèque Possidius de Calama.

*« Il faut tenter de vivre... »
=> difficulté de sauvegarde en ces temps obscurs.

*La rançon de la gloire éternelle
=> détournement du discours de Saint-Augustin à des fins personnelles, mauvaises compréhensions des textes...

*La vraie postérité d'Augustin
=> une postérité très large et pas évidente à définir.


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Source: Travail de Héloïse Kunz - 15.03.2009 à 13h50 -

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