mercredi 18 mars 2009

Exposé: Des auteurs qui commentent non seulement leur œuvre mais aussi le rapport qu'ils entretiennent avec elle


Henry Bauchau dit « On n'invente pas les personnages, ils existent dans l'inconscient, il faut les laisser sortir ». On a donc l'impression que les auteurs, lorsqu'ils commencent à écrire, connaissent déjà leurs personnages, comme si ceux-ci étaient venus les hanter. On ressent une sorte de présence réelle des personnages. Ainsi, on va le démontrer à partir de deux œuvres. D'une part Antigone d'Henry Bauchau, et d'autre part Médée, voix de Christa Wolf.

On va se demander en quoi l'écriture permet aux auteurs de commenter leur œuvre ? et comment observe-t-on le rapport qu'ils entretiennent avec elle ? Pour répondre à ces questions, on s'interrogera tout d'abord sur le côté biographique des œuvres, puis nous définirons une écriture propre à chaque auteur avant de terminer par une réflexion plus large sur les œuvres.


  1. Le coté biographique dans les œuvres

    a)le côté historique

Dans les deux œuvres au programme, les auteurs laissent « leurs empreintes » dans leur écriture. On retrouve des traces de leur vie, qui influencent leur manière d'écrire.

D'abord, on ressent dans les deux livres le contexte historique dans lequel les écrivains ont vécu. Pour Christa Wolf, une majorité des textes qu'elle a publié ont pour source des éléments biographiques survenus dans un contexte historico-politique particulier. En effet, elle est née en 1929 en Poméranie, territoire aujourd'hui polonais. En 1963, elle écrit son premier roman Le Ciel partagé (dont l'un des thèmes principaux est la division de l'Allemagne symbolisée par la construction du Mur de Berlin). Elle porte un regard très critique sur le régime et signe alors en 1976 la protestation contre l'expulsion de Wolf Biermann, chanteur contestataire. Puis, après la chute du Mur en 1989, elle publie un livre, Ce qui reste qui va déclencher une grande polémique sur l'engagement politique de l'intellectuel. Elle dira ensuite: « Je n'écris que sur ce qui m'inquiète... Je n'écris que sous la contrainte de conflits intérieurs. Avant qu'ils n'aient atteint une intensité extrême il m'est impossible d'écrire.(...) Au fil des années, mon scepticisme s'est profondément accru. » dans un article qui lui est consacré dans le numéro de Février 2001 du Magasine littéraire. Christa Wolf réécrit donc le mythe à sa façon, elle qui a toujours critiqué le pouvoir politique et la société qui l'entoure. Elle va jusqu'à imaginer que Médée n'a pas tué ses fils, contrairement au récit légendaire. Elle dénonce donc un pouvoir manipulateur, qui lance de fausses accusations contre celle qui se rend compte de la cruauté de ce pouvoir, Médée, et qui manipule parfaitement l'opinion pour que tout le monde la rejette. Christa Wolf parle d'ailleurs de la façon suivante de Médée:  « Médée s'imposa à moi comme une femme à la frontière entre deux systèmes de valeurs, concrétisés d'une part par sa patrie, la Colchide, et d'autre part par le lieu où elle a trouvé refuge, Corinthe, […], Corinthe, la riche cité dorée, qui ne supporte pas la guérisseuse hautaine, sûre d'elle, compétente qui devine que la cité s'est construite sur le crime. On sacrifie des êtres humains à deux idoles, pouvoir et la richesse. Il faut calomnier cette femme, l'humilier, la chasser, la supprimer. On lui accroche pour l'éternité l'étiquette d'infanticide. Les meurtriers de ses enfants auront l'hypocrisie de rendre hommage à leurs victimes. Toute tentative pour tirer au clair les circonstances du meurtre en essayant de comprendre, d'élucider, de changer les comportements est rendue impossible. L'Histoire se met en marche. » Le régime qu'elle dénonce donc dans Médée, voix est une manière de critiquer le régime sous lequel elle a vécu, où l'on cherchait à exclure tous ceux qui réfléchissaient trop et qui parvenaient donc à comprendre les dessous du régime. Bauchau, quant à lui, est né en 1913 à Malines, et son enfance est donc marquée par l'invasion allemande. Il ressent une sorte de combat intérieur et inconscient contre les blessures occasionnées par la première guerre mondiale. Il va donc très vite se réfugier dans la lecture puis va ensuite commencer à écrire. Par la suite, les années 1933 à 1940 sont marquées par de nombreuses crises internationales provoquées par Hitler. Bauchau est très souvent mobilisé pour participer à la guerre. Puis, il va entrer dans la résistance, c'est donc un nouveau combat pour lui qui va provoquer une blessure profonde à la main. Celle-ci s'ajoute à l'immense blessure intime qu'a causé la guerre et qui lui provoque un blocage pour écrire, il va alors plonger dans une grave dépression. Il parvient à s'en sortir grâce à la psychanalyse et il se remet véritablement à écrire. Petit à petit, la figure d'Antigone naît dans l'inconscient de l'écrivain qui continue à exercer le métier de psychanalyste. D'abord elle apparaît dans Œdipe sur la route qui sera un vrai succès, puis dans différents récits avant de ressurgir enfin dans Antigone qui lui apporte, à 84 ans, une véritable reconnaissance du public. Dans cette œuvre, la Grèce semble régie, non plus par les Dieux mais par les désirs sombres des hommes. Antigone éclaire non seulement cette Grèce mais également le siècle de Bauchau, avec le refus des guerres et de ses massacres, de la lutte pour le pouvoir, de la misère. A travers, la cruauté du pouvoir, la misère, les massacres etc que Bauchau met en scène dans son roman, il montre par la même occasion sa propre époque. Antigone le représente assez bien, refusant la guerre, la quête du pouvoir. Donc, dans son roman, on retrouve ce qu'il a vécu comme lorsque Christa Wolf, illustre le régime en RDA, racontant l'acharnement d'un pouvoir manipulateur sur Médée qui avait comprit les crimes de celui-ci. On retrouve donc dans les deux œuvres au programme, des traces du contexte historique dans lequel a vécu chaque auteur.


b) Le psychologie des écrivains :

Ensuite, on ressent également la psychologie des écrivains. En effet, surtout dans Antigone, Bauchau, par son écriture laisse transparaitre son coté psychanalyste. Cet écrivain belge francophone, après une première vie d'enseignant, s'est tourné vers la psychanalyse. Il connait donc les « fous », la folie. Or lorsqu'on lit Antigone, on peut se demander si elle n'est pas folle, puisqu'elle semble entendre des voix. En effet, à la différence du mythe, Bauchau dans son roman, en tant que psychanalyste fait donc parler l'inconscient de son personnage. Antigone, quand elle meurt, elle ne se suicide pas comme dans le mythe, elle est enfermée dans cette grotte et refusant de céder au désespoir et de laisser gagner la solitude, elle part dans son inconscient où elle entend des voix et notamment le chant d'Io. Page 345« J'entends comme un espérance de l'oreille, ma voix que je croyais perdue, elle chante dans une autre voix, qui n'est pas et qui est la mienne. Je découvre des sons flexibles et sourdement tenaces, qui ne font pas penser à ma voix mais peut-être à ma vie.(...) c'est la voix d'une femme qui, en pénétrant dans ma vie, est entrée dans ma voix qu'elle transfigure.(..) Quelle sera l'âme vivante qui me remplacera? La musique de sa voix dans la mienne me convainc que ce sera, que c'est déjà Io. » ou encore plus loin (lire page 351 à partir de « comment fait Io ») aussi page 352 (lire à partir de « je ne mets rien ») ou enfin page 354 «  L'Antigone d'Io ne sait pas qu'elle chante ma mort et n'a pas besoin de le savoir, il lui suffit de la vivre puisqu'elle est déjà la véritable et bientôt sera l'unique Antigone. » C'est son inconscient qui parle. Elle sait qu'elle meurt en tant que femme, mais naît en tant que personnage littéraire. Elle meurt en entendant la voix de celle qui la transforme en personnage, donc elle sait que son combat continue. Grâce à cette voix, Antigone meurt donc apaisée et non désespérée, puisqu'elle sait qu'elle survivra bien mieux qu'elle n'a existé. Cette psychologie que donne Bauchau à Antigone, amplifie le personnage, par rapport au personnage de théâtre. Il la rend plus réelle. Comme on l'a vu dans l'introduction, Bauchau dit « On n'invente pas les personnages, ils existent dans l'inconscient, il faut les laisser sortir. » L'inconscient chez Bauchau a donc une importance capitale. Son personnage existe en lui, il la connaît, il peut donc la décrire comme un personnage réel. Pour ce qui est de Christa Wolf, on retrouve sa psychologie dans son personnage de Médée. En effet, on l'a vu, le monde qu'elle décrit dans son œuvre ressemble sur beaucoup de points au monde dans lequel elle vit. Elle a donc essayé d'expliquer le présent, son époque, par rapport au passé, l'Antiquité. Elle a choisi le mythe comme point de départ de son questionnement. Ainsi, elle a commencé à réfléchir, grâce au récit qu'elle faisait de l'époque de Médée, à un sujet qui l'a longtemps intéressée mais aussi inquiétée (puisqu'on l'a vu elle n'écrit que sur ce qui l'inquiète): la possibilité face à un monde régi par le pouvoir et l'indifférence de créer une société plus humaine, moins cruelle, solidaire etc. Dans son roman, Médée semble chercher ce monde, comme on le voit avec la dernière phrase du roman « Y a t-il un monde, une époque, où j'aurais ma place? ». Ceci suggère une révolte continue et le refus total de la société existante. Médée, « parlant ainsi », semble donc représenter parfaitement Christa Wolf avec ses espoirs et ses désillusions. On ressent donc à travers leur récit , la psychologie des auteurs. Médée, le double de Christa Wolf qui comprend les dessous de son régime manipulateur et qui le refuse et Antigone blessée par la guerre etc, qui se réfugie dans son inconscient, qui rappelle le coté psychanalyste de Bauchau. Cette sorte de psychologie donnée aux personnages, les rendent beaucoup plus réel qu'ils ne l'étaient dans les mythes.




II. Une écriture propre à l'auteur :

    a)par l'énonciation :

L'écriture que propose Henry Bauchau représente par elle-même la fragilité d'Antigone. Effectivement, on ne trouve ni figures de style ni ornementations. Prenons comme exemple la première phrase du roman : « Depuis la mort d' Œdipe, mes yeux et ma pensée sont orientés vers la mer et c'est près d'elle que je me réfugie toujours ». L'histoire nous est raconté en focalisation interne, le lecteur vit l'histoire à travers le personnage d'Antigone qui se présente ici comme le narrateur. Par cette focalisation interne, on peut penser que l'auteur se sent proche de son personnage.

Cette proximité, nous pouvons la voir à la page 498 de son Journal d'Antigone, il dit « Au cours des trois années qui viennent de s'écouler, le personnage s'est modifié en moi ». Ainsi, on voit qu'Henry Bauchau vit véritablement l'histoire au même rythme que son personnage. Dans ce journal on remarque une grande discussion sur l'utilisation de la première personne du singulier. A l'origine écrit à la troisième personne, Bauchau le réécrit entièrement à la première personne car le « elle » apportait une trop grande distanciation du personnage par rapport à l'auteur. Avec l'utilisation de la première personne du singulier, Bauchau marque sa proximité avec le personnage d'Antigone.

De son côté, Christa Wolf fait un étonnant concerto à six voix. En effet, l'énonciation n'est pas stable dans le roman Médée. On peut voir la prise de parole successive de six personnages qui sont : Médée, Agaméda, Akamas, Leukos, Jason et Glaucé. Le monologue de Médée s'adresse à son frère Absyrtos et à cette jeune enfant, Iphinoé victime de la peur de son père, victime du pouvoir.

Un monologue où l'on a du mal à se situer dans l'histoire car il y a à la fois un retour dans un passé bien révolu, un retour à quelque chose que l'on vient de découvrir: un secret qui vient d'être déterré et cette forme présente. Puis Jason vient et nous explique sa version de l'histoire. Chacun dans un monologue qui s'inscrit dans un style théâtral assez explicite et dans une forme romanesque. Chacun des personnages racontent leur histoire, la façon dont ils perçoivent le sort de Médée, les relations qu'ils ont eu avec elle. Les personnages se méfient d'elle à cause d'une rumeur. Christa Wolf réussit très bien cette réécriture du mythe en incorporant des éléments qui ne sont pas dans celui de Médée mais que l'on retrouve dans des extraits ancien du mythe notamment cet élément qui voudrait que Médée ne soit pas une mère infanticide, mais que ce sont les Corinthiens qui ont abattus ses enfants et qui ont fait croire à toute la ville que c'est Médée qui les avait tué. Son style littéraire est assez déroutant avec des phrases très brèves. Les traducteurs ont sans doute essayé de retranscrire le texte d'origine avec très grand respect. On peut donner l'exemple suivant : « Un frisson me parcourut. Je sentais entre leurs mains » (p247).

Les deux auteurs par l'utilisation d'une énonciation qui leur est propre habite leurs œuvres et leurs personnages.


    b) Par la forme Roman :

La subjectivité laisse transparaître la présence de l'auteur dans l'écriture. On remarque ainsi que la subjectivité n'est apparemment pas omniprésente dans chacune des deux œuvres à l'étude. Cependant elle transparaît par des idées, des expressions ... et même par la forme même qu'est le roman. Les deux œuvres sont des réécritures de mythes. Ainsi pour faire une réécriture, les auteurs ont pris des sujets existant préalablement et ont ajouté leur manière d'écrire. Bauchau a dit : « On n'invente pas les personnages, ils existent dans l'inconscient, il faut les laisser sortir ». Puisque nos deux textes sont deux réécritures de mythes antiques, les auteurs que sont Bauchau et Wolf ont été soumis au mythe original mais sous la forme du roman, ils ont pris des libertés. Ces libertés apportent la subjectivité des auteurs comme la mort d'Antigone qui ne reste pas totalement fidèle à celle de l'Antigone de Sophocle. Le roman permet d'entrer dans les pensées du personnage. La réécriture du mythe n'apparaît plus seulement comme une réécriture mais plutôt comme une nouvelle écriture. On remarque que la base du mythe est toujours présente avec pour Médée, l'histoire d'une femme amoureuse qui se bat pour rester elle-même, en affrontant son destin tragique. Seulement, des changement sont apportés comme le caractère du personnage, Médée est plus humaine, plus simple et surtout plus libre. Le mythe est ainsi renouvelé. Christa Wolf se détermine dans Médée par l'énonciation. De fait, on remarque plusieurs points de vue (6). Le lecteur voit l'histoire progresser au même rythme que les différents points de vue des six personnages. Les voix de ce roman fustige l'établissement Allemand avec une véhémence élégiaque que l'auteur peut laisser échapper au cœur d'un roman. Mais en revisitant ici l'histoire légendaire de la magicienne Médée, Christa Wolf affronte aussi son propre passé. En effet, l'écriture de Médée apparaît pour Christa Wolf plus comme un prétexte à écrire ses opinions et à faire une critique à peine voilée du régime Allemand de son époque. Comme nous l'avons vu précédemment, Christa Wolf est née en RDA au sein d'un système socialiste. On peut penser que l'auteur écrit sa propre histoire à travers le personnage de Médée. Ce mythe montre que l'histoire n'évolue pas et qu'elle est toujours la même. La liberté et la vérité sont bafouées par des nécessité politique. Dans notre œuvre, Médée est proscrite, elle est la femme libre au destin tragique. Le mythe se renouvelle avec succès car après avoir été le reflet des sociétés antiques, il est le reflet des sociétés contemporaines. Médée étant ainsi représentative des problèmes contemporains, elle incarne les malaises de l'Allemagne d'après la réunification. Au sein d'Antigone c'est diffèrent. Tout est perçu par le personnage d'Antigone avec par exemple de nombreux monologues. Le « je » présent tout au long du texte permet au lecteur de s'identifier au personnage, ainsi le lecteur se sent plus proche. Bauchau utilise le temps pour s'identifier, le temps devient un temps personnel vécu par le personnage en alternant les épisodes courts et les épisodes détaillés. Il fallait sans doute un roman pour incarner les passions de la jeune mendiante qu'est Antigone.

La forme du roman leur procure une plus grande liberté.


    c) Par le féminisme :

Le féminisme semble très présent au sein de chacune des deux œuvres. D'après un article de Myriam Wathee-Demotte, on s'aperçoit qu'Henry Bauchau semble avoir orienté la thématique de son récit vers la question des genres masculins et féminins. Les portraits de femmes qu'il produit sont remplis d'intelligence et de sentiments. Antigone apparaît comme une révoltée qui veut dépasser les attributs de la condition de la femme grecque en progressant vers la virilité de ses deux frères. On peut donner l'exemple de la page 289 : «  Quand il annonce que le corps de Polynice doit pourrir sans sépulture, je ne puis plus contenir mon cri. L’indignation, la colère s’échappent de mon corps et vont frapper de front le mufle de la ville avec l’énorme fardeau de douleur, de bêtise et d’iniquité qu’elle fait peser sur moi et sur toutes les femmes. Oui, moi Antigone, la mendiante du roi aveugle, je me découvre rebelle à ma patrie, définitivement rebelle à Thèbes, à sa loi virile, à ses guerres imbéciles et à son culte orgueilleux de la mort » (p. 289). Dans Médée, le héros masculin est montré comme un homme prisonnier des codes sociaux et finalement incapable d’agir librement, c'est le rôle de la femme qu’interroge Christa Wolf en modifiant le mythe originel pour faire de ces mythes de femmes monstrueuses des figures de la rédemption. La réécriture du mythe donne naissance à un mythe nouveau, où le féminin prend le pas sur le masculin. Christa Wolf fait de Médée une figure lumineuse dont la voix met en scène sa propre responsabilité : seul le système patriarcal est à l’origine des crimes commis, et la dimension féministe de la modification du mythe apparaît alors clairement. Mais il s’agit aussi de montrer qu’une société peut sciemment organiser la barbarie, ce qui renvoie au passé allemand durant la seconde guerre mondiale, on peut rappeler que Christa Wolf a écrit cette réécriture du mythe de Médée après la chute du mur de Berlin. Elle a vécu dans la partie Est de Berlin.. De même, la façon dont Médée appréhende le culte des morts chez les Corinthiens est représentative de la nouvelle figure que lui donne Christa Wolf : si ce culte fait de la mort la limite absolue du pouvoir, il représente la peur de ce qui est différent, transposant ainsi la crainte de la mort sur celle de l’étranger concret.

Les deux auteurs font de leurs œuvres une œuvre qui leur est propre avec le recours à une énonciation particulière, une forme de roman qui leur octroie plus de libertés. Ainsi ils peuvent inscrire dans leurs œuvres des sujets comme le féminisme.





  1. Au delà des œuvres :


    a) Une revendication de héros de toute une vie :

Les deux auteurs qui sont, comme nous l'avons démontré, habités par leurs personnages le prouvent dans certaines de leurs œuvres. On peut le voir pour Henry Bauchau dans le Journal d'Antigone. On cite la (page 256) : « Il m'a interrogé sur Antigone et ce qu'elle représentait pour moi. Je ne lui ai pas dit, ce qui est vrai, que j'en suis d'une certaine façon amoureux et que cette intimité entre nous éclaire ma vieillesse. » Antigone fait partie intégrante de la vie de l'auteur, il nous apparaît comme habité par ce personnage. Seulement, Antigone est tellement présente qu'elle peut apparaître comme pesante, comme Bauchau le suggère à la page 473 de son journal : « J'aime Antigone, je m'efforce de la servir, mais je voudrais déposer mon fardeau. Ce fardeau dont elle est le noyau obscur et très pesant. » Il revendique son adoration pour ce personnage mythique car pour lui elle voyage parfaitement dans le temps, il dit qu' « elle est présente dans notre passé, notre avenir et surtout dans notre aujourd'hui. » (p499). Au cœur de son journal on assiste à la progression du personnage et de l'histoire d'Antigone à travers le regard et sa propre progression dans son écriture.

Christa Wolf revendique, quant à elle, sa fascination pour le personnage de Médée que l'on retrouve dans plusieurs de ses œuvres. Ce personnage lui permet d'affirmer ses revendications. elle suggère la permanence d’une révolte, en tout cas d’un refus de l’ordre existant. En cela la romancière reste fidèle à une ligne de conduite critique qu’elle manifesta spectaculairement en RDA à partir de 1968, avec "Réflexions sur Christa T.". On se souvient qu’à l’époque l’héroïne du roman mourait d’une leucémie, comme si elle avait intériorisé le cancer déjà installé au cœur de la société. Si Médée ici ne meurt pas, son bannissement ressemble terriblement à une petite mort. A l’instar de Christa T., elle possède en effet ce supplément de lucidité qui la place en rupture. Christa Wolf récrit donc le mythe antique à sa façon. Allant jusqu’à envisager que Médée, contrairement au récit légendaire, n’ait pas tué ses deux fils. Ne voyant même là qu’accusation fallacieuse de manipulateurs d’opinion, contre la seule qui sut démasquer la source de leur pouvoir. Des hypothèses aux enjeux terriblement actuels, pour peu que l’on sache distinguer, juste derrière la figure antique redessinée, celle qui, d’œuvre en œuvre, inlassablement questionne. Et qui ne s’est jamais vraiment détournée d’une chance gâchée de bonheur pour adhérer à quelque conformisme de pensée. Celle qui à l’image de la femme antique l’on continue d’attaquer. Mais que, pas davantage que celle-ci, l’on n’imagine près de renoncer.

Les deux auteurs revendiquent parfaitement l'utilisation abondante de ces deux personnages que sont Médée et Antigone. Ils refaçonnent les histoires à leur image, à leur vécu et à leur passé. Ainsi ils présente une réflexion sur le monde qui les entoure.


b) Une réflexion sur le monde :

Dans les deux œuvres, on a clairement vu que les auteurs laissaient transparaitre le monde dans lequel ils ont vécu. On peut y voir une certaine réflexion sur le monde dans lequel on vit: quelque soit le pays dans lequel on vit, malgré les différences de culture qui nous sépare: la pensée humaine est identique : le pouvoir, l'artifice, le mensonge, la cruauté, le désir, la vengeance. En effet, Christa Wolf, en proposant une vision d'un régime manipulateur, régit par le mensonge, la soif de pouvoir etc éclaire sa propre époque et même toute époque puisqu'elle expose l'histoire de Médée, qui ayant comprit les dessous du régime va être mise à l'écart. L'œuvre, se poursuit donc dans le temps, elle n'est pas limitée. Sa réflexion, s'applique presque à toute époque, puisqu'en général, les personnes qui réfléchissent beaucoup et qui risquent donc de comprendre et de se révolter contre le pouvoir dérangent. On tente de les empêcher de s'exprimer et on les met a l'écart comme le montre l'histoire de Médée. L'œuvre d'Henry Bauchau, quant à elle, semble également dépasser le temps et être illimitée puisque comme Médée, ce que critique l'auteur peut également s'appliquer à toutes époques. En effet, on l'a vu Antigone décrit un pouvoir manipulateur, un massacre, une grande misère etc tout comme Bauchau qui a fortement était choqué par la l'atrocité de la guerre et la misère de son époque. Lorsque le lecteur lit ces deux œuvres, il peut se sentir poussé à réfléchir sur l'Histoire, sur sa propre époque etc. Les œuvres ne semblent pas « fermées » lorsqu'on ferme le livre puisque notre réflexion se poursuit. Ces mythes continuent donc de traverser le temps en grande partie grâce à ces romanciers, qui étant totalement « habités » par leur personnages, les rendent presque réels et donc le lecteur peut ainsi totalement rentrer dans l'histoire et y réfléchir.





Conclusion:

Pour conclure, on peut dire qu'à la différence de l'écriture d'un mythe, où l'on ne ressent aucune trace de l'écrivain, où rien ne bouge, la réécriture par le genre romanesque permet à l'auteur d'apporter un certain renouveau. On ressent parfaitement la présence des auteurs dans leurs œuvres. Ils semblent habités par leurs personnages, qui apparaissent comme le miroir de leur propre histoire. La portée des œuvres ne se limite pas au texte mais nous conduit à certaines réflexions sur le monde, puisque les mythes traversent le temps.


Notes prises d'après les remarques de Mme Eissen:

Le côté historique est plus complexe qu'il n'y paraît. Wolf est exilée et accusée : position de bouc émissaire, mais peut-être au départ un parallèle entre Médée et ce régime. Parler du côté religieux de Bauchau, dimension religieuse, existence du divin : diffèrent de Médée qui n'a plus a foi. Pour la première partie a, parler d'oralité.  Préciser que les deux auteurs ont des conceptions bien différentes du féminisme

                                                                                                         

Source:  Travail de Caroline Aubouin et Axelle Tartarin - 18.03.2009 à 10h23 -

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