lundi 2 mars 2009

Travail d'étudiant(e): Programme de travail du 17.02.2009

« Dix-neuf poèmes élastiques ».

(le paragraphe "Cendrars et les peintres" manque, il viendra par la suite)

#3: « contrastes »

Etude linéaire:

Débute sur une poésie de la ville, et plus particulièrement de l'usine, une poésie prolétaire. Il est question d'une imprimerie (références au linotype qui est une machine d'imprimerie, et au métier de pocheur qui travaille dans la fonderie). La poésie est montrée comme une vaste boutique dont les vitrines laissent voir « les pierreries de la lumière ». Entrée de la poésie et du lyrisme moderne avec l'évocation de l'arc en ciel dans lequel le pocheur se lave les mains. Le pocheur ayant travaillé à la conception des lettres qui vont servir à l'impression du poème, peut-être pouvons-nous faire un rapprochement entre la matière poétique et l'arc en ciel, mais ceci n'est qu'une hypothèse de lecture. Mais c'est le monde lui-même qui se fait arc en ciel ou plutôt tableau fait de taches de couleurs: « Tout est taches de couleur » avant que comme dans la « Prose du transsibérien et de la petite Jehanne de France » on retrouve le motif de l'incendie.

Dans le deuxième paragraphe on assiste à un dérèglement complet du monde avec les horloges et la disparition de l'argent et du temps lui-même. La politique semble (la Chambre) être à l'origine d'un détraquement de la matière première naturellement extraordinaire.

Au paragraphe suivant on retrouve le monde ouvrier avant que l'onirisme ne revienne avec l'évocation d'un enfant jouant avec l'Arc de Triomphe. En conseillant « à M. Cochon de loger ses protégers à la Tour Eiffel » le poète montre cette dernière comme un refuge stable mais aussi miraculeux où les pauvres peuvent se réfugier. Une autre hypothèse de lecture serait de lire de l'ironie dans cette phrase, l'homme qui veut aider les sans-abris se voit privé d'habitations pour les loger, qu'à cela ne tienne, il y a la Tour Eiffel. Dans les deux cas on peut noter l'aspect onirique de cette idée.

Ensuite on peut assister à une scène où même la religion est bradée dans les plus petits commerces, l'enseignement lui-même est montré comme stérile: « Il n'y a que les pierres ponces de la Sorbonne qui ne sont jamais fleuries. » tandis que le commerce apparaît comme fertile étant donné que « L'enseigne de la Samaritaine laboure par contre la Seine. » Quant aux « sonnettes acharnées des tramways », ne peuvent-elles pas nous faire penser à des clochettes de vaches ou de moutons afin de clôre cet aspect bucolique?

Enfin, le poète se retrouve sous une pluie de lumière électrique et de bruit politique (L'intransigeant est un journal connu pour avoir fait partie du clan des anti-dreyfusards) et sportif. Dans la profondeur les hommes sont vivants, bruyants, mais pour finir leur façade n'est que noirceur. L'usine semble les faire à son image grise et triste.


#4: « I portrait; II atelier »

Etude linéaire:

-I portrait:

Description d'un peintre. Image hachée, l'action est brusque et irréfléchie, quasi automatique. Le peintre peint tout ce qu'il voit, que cela soit une église, une vache ou même une sardine. Il peint même plutôt avec l'objet lui-même. Même l'objet qui ne semble pas digne est un sujet de la peinture, peut causer de la création. La sexualité aussi entre en compte pour la création picturale. Le peintre peint avec les passions et les pulsions humaines.

La France semble n'être peignable qu'avec le cul, vision péjorative et vulgaire. Mais soudain ce portrait là de la France, portrait dur et violent, se fait portrait du poète mais aussi du lecteur, l'humanité toute entière est rassemblée dans ce portrait sans complaisance.

De cette image découle une vision apocalyptique du monde, les nouveaux-nés sont lavés dans le sang, la folie apparaît comme issue de la modernité. L'homme moderne est un homme fou. La Tour Eiffel elle-même n'est plus qu'un tire-bouchon.

Soudain c'est le peintre lui-même qui devient un nouveau Christ, né sur la croix et y ayant passé son enfance. Le monde se fait à l'envers, l'enfant est lavé dans le sang et la crucifiction n'est plus un aboutissement redempteur, mais une mort nécessaire quotidienne ayant pour but la création. On retrouve la notion qui rapproche création et mort. La création se fait éreintement du peintre qui s'étonne de ne pas en être mort.


-II Atelier:

Tout d'abord l'atelier en question est identifié (voire la note concernant la Ruche), il est décrit comme un dédale emplit d'objets hétéroclites.

Sa porte s'ouvre en grand, comme un journal, dans toute sa largeur, et vivement. Sous-entend aussi que en l'ouvrant tout un monde se fait jour, avec la présence de tous les peintres connus du moment, lieu de création maximale, d'éffervecence créatrice. Une fois à l'intérieur, quand la porte s'est refermée on se retrouve au milieu d'un fatras impossible. Les photographies servent de papier à croquis, l'image se retrouve des deux côtés de la feuille, aucun espace n'est laissé vacant. Impression de présence globale de l'art et de l'idée artistique qui fourmille.

La création semble s'imposer comme frénétique. Il faut créer, créer. La présence des bouteilles vides peut nous faire penser à l'alcoolisme comme inspiration à la création, cependant le vers suivant est l'inscription présente sur une bouteille de sauce-tomate. On peut alors penser que tout peut être inspirateur pour les artistes, même ce qui semble le plus banal, comme une sauce-tomate. L'inspiration a sa place dans le désordre immense qui est décrit dans cet atelier.

La fenêtre elle-même s'ouvre sur une infinité de possibilités de jours et de choses à faire étant donné qu'elle « est un almanach » qui fait écho au journal qu'est la porte d'entrée.

La figure onirique des « grues géantes » fait entrer à nouveau le rêve dans le poème. La litanie des choses citées ensuite a pour dénominateur commun l'impression de vieillesse et d'inanité de beaucoup des objets énumérés, cependant certains se détachent du lot avec lumière, le principal étant la figure du peintre auquel le poème semble clairement destiné, Chagall. On peut penser que l'écriture de ce poème se fait allégorie de la peinture de Chagall.


#19: « construction »

Le dernier des 19 poèmes élastiques, le seul écrit après la guerre et de la main gauche.

Etude linéaire:

Entrée immédiate sur la couleur, référence aux peintres évoqués tout au long des 19 poèmes.Fernand Léger est lui-même un peintre cubiste. Décrit comme le « soleil de l'époque tertiaire », donc comme le fruit du monde moderne, celui qui par sa peinture éclaire ce monde ou le secteur tertiaire domine. En séchant et en durcissant, ses couleurs fixent à jamais une nature morte qui se fait croute terrestre. La nature morte est métaphore de la terre elle-même, mais aussi de ce qu'on ne peut fixer, ce qui est mouvant comme le brumeux et le fluide. Elle fixe ce qui va en se ternissant. La nature morte fixe ce que le peintre voit avant que cela ne meurt.

Les mots semblent s'égrener et former un chapelet montrant aussi bien ce qui tombe en poussière mais aussi ce qui grouille (monde vivant perçu comme une fourmillière?).

Soudain, retour au vivant et à l'esprit qui habite tour à tour animaux et plantes (notons que l'esprit ne se fait pas homme dans le vers de Cendrars).

La peinture se fait vivante, elle inclut le monde entier dans ses touches de couleurs, comprenant (dans les deux sens du terme) la matrice, les causes du monde, les raisons de la vie et l'âme humaine en entier. Elle comprend aussi ce qui détruit (« une culasse de 75 ») et ce qui est détruit, le portrait qui clôt le poème, portrait du poète à qui à la fin de la guerre il manque un bras.

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Source:  Travail de Marie-Anne Le Lannou - 02.03.2009 à 19h26 -


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